Il était une fois la flèche

« Le clocher de Saint-Denis, qui était d’une hauteur remarquable » *

*récit par Guillaume Le Breton de la foudre tombée sur la flèche en 1219.

 

C’est sous l’abbé Suger au XIIème siècle que la façade de la basilique prendra son aspect actuel.

La flèche nord de la basilique, édifiée vers 1219, culminait à plus de 86 mètres au-dessus du sol, et servait de signal à toute la région. Elle a subi de nombreuses dommages, à commencer par un incendie peu de temps après sa construction.

 

Vue générale de l'abbaye de Saint-Denis à la fin du XVIIe Siècle
Vue générale de l’abbaye à la fin du XVIIe Siècle, d’après le Monasticon Gallicanum.

 

Au XVIIème siècle, son clocher abritera les 4 cloches dites « Mazarine ». Elles seront fondues à la Révolution française, tout comme le toit en plomb de l’abbatiale, remplacé depuis par un toit de cuivre.

En 1837, la foudre s’abat sur la flèche, la fragilisant fortement. L’architecte François Debret sera chargé de son démontage, en vue d’une restauration future.

Ce sera chose faite, jusqu’à la pose d’une croix en son sommet. Mais en 1845 une forte tempête, « la trombe de Montville » ou « de Gonesse » selon les sources, balaie tout le nord de la région. Elle causera de graves dommages dans les combles de la basilique, ce qui fragilisera un peu plus la tour nord. De coups de foudre en tempêtes, la tour sera étayée en urgence dès le début de l’année 1846.

Des polémiques mettant en cause le travail de Debret, notamment la qualité des pierres utilisées se font jour. Il sera remplacé par l’architecte Félix Duban au mois de juillet 1846, mais celui-ci démissionne dès le mois suivant.

C’est au mois de novembre qu’Eugène Viollet-le-Duc entre en scène. Il effectue un état des lieux complet dès le mois de janvier et commence le démontage de la tour jusqu’à la terrasse crénelée toujours visible aujourd’hui. Ce démontage s’est accompagné de relevés et d’attachements exceptionnellement complets. Ces documents, conservés aux Archives nationales et à la Médiathèque du patrimoine, représentent les ouvrages avec un niveau de détail remarquable.

De plus, un grand nombre de pierres ont été déposées et numérotées.

Dès 1851, le maire de Saint-Denis demande aux autorités de l’État le remontage du clocher nord.

Sous l’impulsion de Napoléon III, Viollet-le-Duc propose en 1860 un ambitieux projet de restauration globale. L’aménagement du caveau impérial dans la crypte, devait être accompagné d’une reconstruction complète du massif occidental, avec la construction de deux flèches symétriques. Seul le caveau sera réalisé, puis démoli en 1959, à l’occasion de fouilles archéologiques dans le chœur. C’est ainsi que des pierres de remploi de la flèche seront découvertes et déposées dans le jardin de la basilique.

 

 

Le flanc sud de l'abbatiale de Saint-Denis et le cloître dessinés en 1611 par Etienne Martellange.
Le flanc sud de l’abbatiale et le cloître dessinés en 1611 par Etienne Martellange.

AINSI DEPUIS LE MILIEU DU XIXe SIECLE, LA BASILIQUE EST AMPUTEE DE SA FLECHE ET DE SA TOUR NORD

Une nouvelle demande de la ville de Saint-Denis pour la reconstruction de la flèche est effectuée en 1971, et sera suivie en 1980 d’une étude technique.

C’est en 1987, année du millénaire capétien, que Marcellin Berthelot a mis à l’ordre du jour du Conseil municipal la question de la reconstruction de la flèche. Un premier comité pour la reconstruction est créé. En 1988 un évènement de « reconstruction de la flèche par effet de laser » est organisé pour mobiliser les citoyens autour du projet.

En 1989, le ministre de la culture Jack Lang, donne son accord pour une étude de faisabilité, préalable à tout accord de réalisation des travaux.

Du fait de la mobilisation autour du projet, et malgré l’opposition du ministère à toute reconstruction, l’étude de faisabilité sera réalisée et avancera même une somme pour le coût des travaux. En revanche tout projet de construction d’une flèche contemporaine est écarté, et l’Etat ne prendra pas en charge financièrement le chantier, du fait de son opposition au projet pour des raisons éthiques et philosophiques. Il donne son accord pour la création d’une fondation qui réunira les fonds nécessaires, sous la forme de mécénat essentiellement.

La municipalité de Saint-Denis continue de revendiquer la participation financière de l’Etat au projet, sans résultat. Puis vient la décision de la construction du Stade de France à Saint-Denis, qui va mettre dans l’ombre le projet de la flèche.

En janvier 2013, le projet de la flèche revient à l’ordre du jour du Conseil municipal, suivi d’une conférence de presse le 1er mars. Le site internet « Suivez la flèche ! » est mis en ligne.

En novembre 2013, un évènement « light painting » est organisé sur le parvis par le graffeur Marko 93 et les habitants pour construire une flèche de lumière.

Un Comité de parrainage se crée pour fédérer les énergies, Erik Orsenna en est président. Il réunit des personnalités de tous les milieux et de tous bords politiques.

Plus de vingt ans ont passé depuis le premier projet et même si l’objectif reste celui de redonner à la basilique sa tour nord et sa flèche, le cadre a évolué. Il ne s’agit plus d’un grand projet architectural mais d’un ambitieux projet de développement territorial.