La Basilique se raconte

 par Luc Fauchois, président de l’association Suivez la flèche

J’ai d’abord été construite sur la tombe de saint Denis, vous savez, celui qui a fait le chemin depuis Montmartre, portant, dans ses mains, sa tête que les romains lui avait coupée.

Cette tombe était entourée de dévotion et on dit que  Geneviève, la sainte patronne de Paris m’a édifiée pour l’abriter et offrir aux pèlerins  un édifice digne de leur recueillement.

Je deviens vite l’objet de la faveur et de la ferveur des rois et la ville de Saint-Denis va se développer autour de moi.

Arnégonde est la première personne royale à être inhumée à l’intérieur de mes murs. Le bon roi Dagobert y trouve aussi  le repos éternel ; c’est le début de la tradition qui me transforme en nécropole royale pour des siècles et des siècles.

Mais je n’accueille pas que les morts ; En 754, le pape Etienne II vient chez moi sacrer roi Pépin le Bref. Le souverain pontife sacre également les deux fils de Pépin, Charlemagne et Carloman et bénit sa femme, Berthe aux grands pieds. C’est le début de la dynastie carolingienne qui va m’être très attachée. Pendant mille ans, je vais être le symbole absolu de l’association entre la chrétienté et la royauté.

L’abbé Suger m’a fait grandir et, surtout, avec les croisées d’ogives, il a livré au monde  la première architecture gothique. J’aurais même servi de modèle à la très prestigieuse Notre Dame de Paris. On peut voir ma flèche de toute la région. Pendant des années, je fais l’objet d’un chantier où s’animent maçons, couvreurs, charpentiers, sculpteurs, peintres.  Puis Pierre  de Montreuil expérimente  sur moi le gothique dit rayonnant.

Autour de moi, la ville s’étend, progressivement.

Je reçois les plus grands personnages.

Je confie l’oriflamme à Saint-Louis avant son départ pour la croisade ; je reçois les armes de Jeanne d’Arc en en hommage ;  J’accueille François Ier et Charles Quint ; j’entends  Henri IV abjurer la foi protestante et je couronne Marie de Médicis ; j’écoute les oraisons funèbres de Bossuet, l’aigle de Meaux ;

Pendant la révolution je donne le plomb de mon toit pour la fabrication de balles mais on me néglige et je subis quelques dommages. On se sert même de moi comme un grenier à blé et à farine.  Napoléon décide ma restauration, l’architecte François Debret s’en occupe.

En 1837, ma flèche est frappée par la foudre et menace de s’effondrer ; on essaie de la restaurer mais elle est démontée en 1846 par Eugène Viollet le Duc. Les pierres sont enlevées une par une, numérotées et conservées en vue de leur réinstallation ultérieure.

Mais le temps passe… et je reste amputée.

Aujourd’hui, on reparle de ma flèche. Enfin !

Je vais être de nouveau entière et l’on me verra de toute la région.